VERDON

Quinson (04) La Baume-Bonne

Dans la falaise calcaire haute de 480m, face au lac du Verdon, les eaux de pluie se sont infiltrées, créant des grottes qui ont servi d'habitat ou de refuge temporaire au temps de la préhistoire. La plus spectaculaire est celle de la Baume-Bonne qui a livré des renseignements concernant la vie des hommes sur une période de 400 000 ans.

ACCES A LA GROTTE

"Chassant le rhinocéros ou le bouquetin dans la plaine du Verdon où s'élève le village actuel, homo erectus n'avait qu'un petit quart d'heure de marche pour rentrer chez lui, à la grotte de la Baume-Bonne", explique notre guide. Mais aujourd'hui, le barrage édifié par E.D.F. ferme la gorge, et oblige à un détour par la falaise, que l'on gravit par un raidillon. D'en haut, le paysage se révèle grandiose. Passé les gorges de Baudinard et le barrage, le Verdon aux eaux vert émeraude s'élargit un bref instant pour abriter la base nautique, avant de s'engouffrer à nouveau dans des gorges, jusqu'à Esparron.

LE PAYSAGE D'HOMO ERECTUS

"Ce paysage n'a guère changé depuis 400 000 ans. A l'époque où l'océan recouvrait la Provence, il existait des îles dans le Var, comme à Fox-Amphoux, où vivaient des dinosaures. Puis avec la poussée des plaques, il y a eu compression du terrain, et remontée du calcaire, qui s'est plié, ou cassé. La plaine de Quinson correspond à un effondrement du terrain. Certes, la végétation s'est modifiée comme on a pu le constater grâce à l'analyse du pollen retrouvé, ainsi que la faune ; et le cours du Verdon est à coup sûr un peu différent."

L'histoire du site défile sur des panneaux situés le long du sentier sur le plateau. Depuis l'ère glaciaire, il y a 20 000 ans, jusqu'au Moyen-Age, le temps des grandes abbayes et des prieurés, en passant par le néolithique, il y a 6 000 ans, temps de sédentarisation de nos ancêtres, qui vivaient alors dans de petits villages, cultivaient pois chiches, lentilles, blé, orge, et ne se servaient des grottes que comme abri temporaire, ou lieu  de sépulture. "Durant toutes ces époques, les hommes ont occupé alternativement les éperons rocheux, en période agitée, ou la vallée, en temps de paix."

UN LIVRE OUVERT

Il faut redescendre presque au niveau du Verdon pour trouver, sur sa rive droite, l'entrée de la grotte, interdite par une grille en dehors des visites guidées. Sous le vaste porche où les feux répétés ont déposé du noir de fumée, apparaissent les différents niveaux dégagés par les fouilles. Le carroyage, ce quadrillage réalisé à l'aide de fils, est encore en place. "Il permet de situer très précisément les objets trouvés, et de faire une reconstitution sur ordinateur avec un logiciel 3D. La grotte a été découverte au 19ème siècle, mais il a fallu attendre 1950, quand on a possédé des techniques plus élaborées, pour en tirer de véritables renseignements." Pour remonter le cours de l'histoire, les archéologues ont évacué précautionneusement les matériaux de remplissage déposés sur 4m de hauteur : poussières de l'air, dépôts d'argile, pierres tombées de la falaise...

"Les différents niveaux dégagés apparaissent comme les pages d'un livre ouvert. On retrouve ainsi l'époque des gaulois, identifiée par les monnaies ; celle des bergers du néolithique, grâce aux débris de colliers de perles et de coquillages, ou de poterie ; celle du paléolithique avec des outils en silex, des ossements d'ours, de lynx et de lions des cavernes ; celle de l'homme de Néandertal, avec des racloirs ou des grattoirs. Les traces de feu remontent à 400 000 ans. Homo Erectus enfin, a laissé des "bifaces", ces pierres façonnées en forme de pointe..."

Quand on s'enfonce un peu plus profondément dans la grotte, on découvre une "cloche de 25m de haut : "résultat des effets combinés des eaux de ruissellement et des eaux du Verdon." Les dernières fouilles ont été menées par Jean Gagnepain, directeur du musée de Quinson. "Nous ne possédons pas encore le résultat de tous ces travaux, toujours en cours. Nous n'irons pas plus loin quant aux fouilles proprement dites. Les méthodes de recherche s'améliorent sans cesse. Nous pouvons réellement penser que dans l'avenir, elles permettront aux générations futures, la mise à jour de bien des trésors encore cachés."

LE VILLAGE

 

Perché sur la falaise à l'époque romaine, le village s'installe dans la plaine au Moyen-Age, non sans prendre quelques précautions. Il se protège derrière un rempart crénelé de 10m de haut, jalonné de sept tours. Le soir, les herses descendent dans les portails, et les ventaux de bois se ferment. Après avoir compté jusqu'à un millier d'habitants durant la Révolution, Quinson n'en abrite plus que 350 aujourd'hui.

 

Cependant, sa situation privilégiée, à la limite du plateau de Valensole, entre les retenues d'eau de Sainte Croix et d'Esparron, ainsi que son riche passé historique, en font un haut lieu touristique de la Provence. Sa base nautique est le départ de randonnées en canoës, kayaks ou bateaux électriques dans les basses gorges, et les hautes falaises environnantes sont des sites d'escalades. Quinson fait partie du Parc Naturel Régional du Verdon.

En savoir plus

Visites à la grotte de la Baume-Bonne uniquement sur réservation: renseignements au Musée : 04 92 74 09 59