Aperçu de la Provence rurale à travers films documentaires, reportages photographiques et randonnées pédestres - Camargue - Provence Verte - Côte varoise

ESPACES NATURELS SENSIBLES

Salernes (83) le vallon St Barthélémy

Un lien émotionnel avec l'histoire

 Encaissé dans des falaises hautes de plusieurs dizaines de mètres, le vallon Saint Barthélémy, au nord de Salernes, est un de ces lieux fascinants, habités par les légendes et par l'Histoire. Ici, le ruisseau de la Brague laisse apercevoir les cailloux rougis du sang de St Barthélémy, et dans les rochers s'ouvrent de nombreuses grottes, dont celle de Fontbrégoua, qui a livré lors des fouilles, onze mètres de couches préhistoriques, soit 12 000 ans d'histoire. En dehors des grands circuits touristiques, cet espace vert géré par la ville avant de devenir propriété du Conseil Général, demeure le lieu de promenade privilégié des Salernois. "Le vallon garde pour eux une énorme valeur sentimentale, et ils viennent s'y ressourcer", souligne Marjorie, guide naturaliste.

BIODIVERSITE ET ARCHEOLOGIE

Aménagé au départ par le village de Salernes, avec étang et aire de pique-nique sous les platanes, le site de Saint Barthélémy a changé d'orientation. "Après étude écologique et archéologique, un plan de gestion jusqu'à 2013 vise à réhabiliter la ripisylve, revaloriser les zones dégradées ainsi que le patrimoine".

"Atteint parfois de la maladie du chancre coloré, un champignon, le platane est lié à la médecine. Il est la branche du caducée autour de laquelle s'enroule le serpent". On raconte qu'Hippocrate exerçait sous le platane du temple d'Asclepios sur l'île de Kos ; un platane qui aurait à ce jour plus de 2000 ans ; on dit aussi que l'arbre actuel serait issu de pousses successives...

  

A l'entrée de la vallée, un pin maritime remarquable, dont l'écorce ressemble à celle d'un pin parasol. "Il a les conditions idéales pour se développer : un terrain plat, beaucoup de terre, et de l'eau à volonté".

La chapelle Saint Barthélémy

 

 "A la St Barthélémy, les grenouilles sortent de leur lit"

Edifiée au 16ème siècle et remaniée en 1814, la chapelle qui domine la rivière, n'est ouverte que le 24 août, jour de pélerinage. "Un pélerinage pour la pluie, qui  rassemblait à une époque plus de 4000 personnes. La légende veut que ce soit le sang de St Barthélemy, écorché vif, qui tache les cailloux de la Brague. Ces taches caractéristiques sont en fait dûes à une minuscule algue rouge, batrachospermum, l'une des rares algues rouges d'eau douce".

 
 

Un relief ruiniforme


Passé le gué de la rivière, le vallon se rétrécit, rapprochant les collines de Picaillau et de la Lauve. Ombragé, frais et très animé en été, il devient sombre, glacial et mystérieux en hiver, habité seulement par le passé. "Nous avons ici un relief très bosselé, ruiniforme, composé de dolomie, un calcaire contenant du carbonate de magnesium, ce qui rend la roche particulièrement compacte. Les eaux de pluie s'infiltrent, mais très lentement. La source qui alimente Salernes, captée ici, est de l'eau de qualité fossile. On a répertorié dans les falaises, essentiellement celles orientées au nord, seize espèces de chauves-souris".

"Un cannibalisme conflictuel"

  Le sentier est jalonné de nombreux abris sous roche, où l'on imagine aisément nos ancêtres, qui ont dans ces lieux chassés chevaux des steppes, cerfs et bouquetins. Ils y trouvaient des refuges temporaires. Mais la grotte dont la renommée a fait le tour du monde des scientifiques, est celle de Fontbregoua. Découverte en 1948 par André Taxil, pharmacien de Salernes passionné d'archéologie préhistorique, elle fait ensuite l'objet de fouilles sous la conduite de Jean Courtin, directeur de recherche au CNRS.

La découverte d'ossements humains caractéristiques en 1973, puis en 1984, lui permet de conclure à des actes de cannibalisme, sans doute conflictuel ; les vistimes auraient été de jeunes prisonniers. C'était il y a 6000 ans, quand l'homme commençait à cultiver l'orge et le blé, à élever chèvres et moutons. Il fabriquait déjà de la céramique à Salernes...

Une végétation inversée

Si les plateaux environnants présentent une végétation à feuillage persistant, la ripisylve, avec ses peupliers, frênes et érables champêtres, suit le rythme des saisons. Une aubaine pour la faune, qui fréquente principalement le vallon.

 
 
 
 

 De très vieux peupliers montent la garde près de la rivière, envahis par le lierre, parfois élagués

 le petit houx, arbuste dont les rameaux secondaires ressemblent à des feuilles


"On reconnait aussi le petit houx, ou fragon, qui présente des rameaux secondaires aplatis, simulant des feuilles (des cladodes), et la fleur pousse tournée vers le sol, car elle est pollinisée par les fourmis ; l'arbousier, la plus grande bruyère d'Europe ; le troène ; le nerprun, autrefois utilisé pour teindre la cape des papes, et l'étoile des juifs ; le noisetier ou coudrier, l'arbre des sourciers ; le sumac ou arbre à perruques, dont la feuille froissée dégage une légère odeur de mangue, et dont on peut tirer une teinture orange ; le sureau, dont les baies font le régal des oiseaux ; la viorne tin, plante médicinale ; le baguenaudier ou arbre à vessies ; et enfin un gigantesque houx, relique de la période glaciaire".

  

 de jolis fruits, qui ont valu au baguenaudier, son surnom d'arbre à vessies

 une curiosité : un fourmilier : un arbre qui a développé un bourgeon latéral après chaque décapitation...Jusqu'à 6 fois !

Direction Villecroze par le Trou du Loup

Une échappée vers l'est, et la balade se poursuit jusqu'à Villecroze, après le passage du Trou du Loup, un passage étroit et tortueux, creusé par l'eau dans la roche. Un passage obligé pour les jeunes filles souhaitant se marier dans l'année... Sinon, l'échelle offre un raccourci.                                                                                                                                                     

Un bout du monde

 
  Le vallon dont les parois se sont encore resserrées, se termine par un cul de sac impressionnant. "C'est un objet géologique. L'eau de pluie, en s'infiltrant au fil des ans, a formé un réseau souterrain de plus en plus important. Petit à petit, cela a provoqué un effondrement du terrain, qui a fait apparaitre peu à peu la rivière à l'air libre. C'est la reculée d'une résurgence (aujourd'hui tarie), aussi appelée "bout du monde".
 

 

 SALERNES VIEILLES

 
 De la chapelle, le sentier file dans les sous-bois avant de partir à l'assaut du flanc ouest du promontoire au sommet duquel s'étend "Salernes Vieilles". De là-haut, à 80 mètres au-dessus de la Brague, le regard plonge dans les gorges voisines, ou se perd dans le vert moutonnement des collines du nord-est. Il ne rest du village que quelques pans de murs envahis par les pins, les chênes verts, les romarins, les genévriers et les cistes. Appelé localement "Les Mures" (les ruines), le site a d'abord été fouillé dans les années 60 par André Taxil, qui y aurait observé des céramiques médiévales. Puis c'est en mai 2004, et sous la direction d'Elisabeth Sauze, que des sondages permettent de circonscrire un ensemble de bâtiments autour d'une cour. Edifiés en travertin, les murs très épais et recouverts intérieurement d'un mortier de chaux, laissent entrevoir une extême qualité de construction, qui semblerait indiquer "un ensemble résidentiel aristocratique".

 


Salernes Haut Var le vallon Saint Barthélémy par api-movie

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